Le mystère de la ferme flottante oubliée

Chapitre 13

Le Bal des Marionnettes de Fer

3 mai 2026

La cage d'Augustine oscillait violemment au bout de son bras métallique, suspendue au-dessus du vortex noir qui dévorait l'horizon. La silhouette sombre qui menaçait la mentore de Théodore leva son couteau de verre. Sous l'éclat des éclairs éthériques, son visage se révéla : c'était une créature de brume dont les yeux n'étaient que deux fentes remplies de sable coulant.

— Le Garde-Mangeur de Temps ! s'écria Zoé, sa voix vibrant d'une autorité teintée d'inquiétude. Il ne veut pas la tuer, il veut lui dérober ses années d'expérience pour nourrir le Puits de l'Oubli !

Théodore, le visage pourpre d'indignation, ne perdit pas une seconde. Il fouilla dans sa ceinture d'inventeur et en sortit une bouteille de champagne dont le bouchon était renforcé par des ressorts en titane.

— Personne ne touche à Augustine, surtout pas un sablier sur pattes ! glapit-il. Quelle ingratitude de la part de l'univers de m'obliger à utiliser mon Millésime de Pression Maximale sur de la vapeur !

Il fit sauter le bouchon. Le projectile de liège et de métal partit avec la puissance d'un boulet de canon, sifflant à travers le vent. Il frappa la cage de plein fouet, provoquant un choc qui fit lâcher prise à la créature d'ombre. Mais le choc envoya aussi la cage valser plus loin dans le vide.

— Félix ! À toi ! (…À toi !…, tonna l’écho de Solstice).

L'archiviste nomade prit une impulsion sur un engrenage rotatif. Son blouson de cuir claqua dans l'air alors qu'il effectuait un triple saut périlleux, ses mains agiles saisissant un câble de sustentation au passage. Avec une grâce de gymnaste accompli, il se balança dans le vide et parvint à accrocher ses pieds aux barreaux de la cage d'Augustine juste avant qu'elle ne sombre dans la brume du vortex.

— Je la tiens ! cria Félix, son visage rayonnant d'un enthousiasme héroïque. Mais le Garde-Mangeur n'a pas dit son dernier mot !

En effet, la créature de brume s'était transformée en une nuée de sable noir qui commençait à s'infiltrer par les fissures de la cage. Augustine, reprenant ses esprits, tenta d'utiliser une petite clé à molette pour repousser la menace, mais ses mouvements étaient lents, comme si le temps lui-même s'épaississait autour d'elle.

Pendant ce temps, sur le bec du Monarque de Métal, Solstice luttait contre les commandes. Ses muscles étaient tendus à l'extrême. Pour diriger cet oiseau colossal, il devait manipuler deux leviers de bronze massifs qui résistaient à chaque impulsion du vent.

— On fonce toujours vers le trou noir ! (…vers le trou noir !…). Zoé, les cicatrices ! Guide-moi !

La bibliothécaire des secrets ferma les yeux. Elle posa ses mains à plat sur le métal brûlant de la structure. La carte sur sa peau s'illumina, et elle vit soudain le mécanisme interne de l'oiseau : un labyrinthe de conduits que seul un esprit alchimique pouvait comprendre.

— Solstice, tire le levier gauche au troisième cran et pousse le droit vers le bas ! hurla-t-elle. Il y a un courant ascendant invisible juste en dessous de nous. C'est le seul moyen de contourner le Puits !

Solstice s'exécuta, grognant sous l'effort. L'oiseau poussa un cri métallique strident et inclina ses ailes de plusieurs degrés. La force centrifuge fut telle que Théodore manqua de basculer par-dessus bord, rattrapé de justesse par le pan du costume de Zoé.

L'oiseau commença à remonter, frôlant les bords du Puits de l'Oubli. Mais alors qu'ils croyaient avoir échappé au pire, le Monarque de Métal s'immobilisa brusquement dans les airs, comme s'il venait de heurter un mur invisible.

Félix, toujours suspendu à la cage, regarda vers le haut. Ce n'était pas un mur. Une immense main de bois, sculptée dans les racines d'un arbre millénaire, venait de sortir des nuages pour saisir le cou de l'oiseau mécanique.

— Ce n'est pas fini, murmura Silas, dont les yeux-engrenages s'étaient remis à tourner frénétiquement. Le véritable propriétaire du domaine vient de se réveiller. Et il n'aime pas qu'on utilise son oiseau comme un jouet.