Les mystères de la cité de métal
Chapitre 12
Course contre le Temps
3 mai 2026
L’intérieur du Léviathan ressemblait à une cathédrale de métal en mouvement. Des pistons massifs battaient comme des poumons d'acier, et des câbles lumineux, tels des nerfs électriques, couraient le long des parois de cuivre. L'annonce de l'autodestruction résonnait encore dans les esprits alors que le compte à rebours s'affichait en chiffres rouges incandescents sur les murs.
— Trois minutes et quarante secondes, annonça Astra avec une précision glaciale. Si nous ne stabilisons pas le noyau, ce monstre deviendra notre cercueil de fer.
— Je sens une odeur de soufre et de vapeur surchauffée par là-bas, indiqua Zéphyr en pointant une direction opposée à la lumière rouge. C’est là que se trouve la machinerie principale.
La capitaine avançait avec une assurance retrouvée. Ici, dans le ventre de la bête, les sons se répercutaient sur les parois, lui offrant une carte auditive parfaite de leur environnement. Son désordre habituel s'effaçait devant l'urgence : elle savait qu'en tant que capitaine, l'équité exigeait qu'elle trouve une issue pour son équipage avant de penser à sa propre guérison.
Léopold s'élança sur son skate, franchissant une passerelle étroite qui surplombait des engrenages en rotation rapide.
— La boussole s'affole ! cria-t-il. Il y a une source d'énergie massive juste derrière cette porte blindée !
Ils débouchèrent dans une salle circulaire où flottait une sphère de lumière instable, contenue par des anneaux de métal en lévitation. C’était le Noyau de Fusion. Des étincelles bleues jaillissaient des anneaux, frappant les murs avec violence. Oscar se protégea le visage avec sa manche, sa marionnette s'agitant nerveusement dans sa poche.
— C’est une abomination ! s'écria le vieil homme. Dompter la foudre de cette manière... C’est contre toutes les lois du récit ! Cette cité ne mérite pas de survivre si elle utilise de tels pactes avec le chaos.
— Moins de philosophie, Oscar, et plus d'action ! répliqua Astra en s'approchant d'une console de contrôle complexe.
Elle posa ses mains sur les leviers de cristal. Elle remarqua que le système exigeait une authentification biométrique. Les capteurs cherchaient un pouls, une preuve de vie. Mais alors qu'elle pressait ses paumes contre la vitre froide, rien ne se passa. Son absence de battement de cœur, d'ordinaire un atout, devenait ici un obstacle insurmontable. Le système ne la reconnaissait même pas comme un être vivant.
— Le système attend une impulsion cardiaque pour se stabiliser, comprit-elle, ses sourcils se fronçant de frustration. C’est illogique !
— Laisse-moi faire, dit Zéphyr en s'avançant.
La capitaine posa ses mains robustes sur la console. Son cœur de sirène, puissant et régulier, envoya une onde de choc à travers le cristal. Les anneaux commencèrent à ralentir, la lumière rouge s'atténuant pour devenir un orange paisible.
— Le compte à rebours s'est arrêté, souffla Léopold, consultant sa montre.
Mais le soulagement fut de courte durée. Un vrombissement différent, plus aigu et plus menaçant, se fit entendre. Le Léviathan ne s'autodétruisait plus, mais il changeait de trajectoire. La bête accélérait brusquement, plongeant vers les fondations les plus profondes de la cité.
— Où nous emmène-t-il ? demanda Oscar.
Astra regarda par une petite écoutille de verre renforcé. Son visage devint livide. Au fond de l'abysse, là où aucune lumière ne devrait exister, une immense cité de nacre et d'acier brillait. Mais ce n'était pas la cité qu'ils cherchaient. C'était une prison géante, et les portes s'ouvraient pour les laisser entrer.
— Ce n'est pas une destination, murmura Astra. C'est une capture. Et regardez qui nous attend sur le quai...
Une silhouette familière, entourée de gardes mécaniques, levait la main pour saluer leur arrivée forcée. C'était l'homme à la redingote, le double d'Oscar, et il tenait entre ses mains un objet qui fit s'arrêter le souffle de Léopold : la véritable carte de son héritage.