Les mystères de la cité de métal
Chapitre 3
Les Gardiens de Cuivre
3 mai 2026
Le bruit de métal contre métal résonnait contre les parois de l'escalier en colimaçon, amplifié par l'étroitesse du passage. Zéphyr serra les poings, ses narines frémissant alors que l'odeur de terre mouillée qui l'accompagnait toujours semblait s'intensifier, comme pour masquer l'âcre senteur de vieille graisse qui montait des profondeurs.
— Ce ne sont pas des humains, murmura Astra, sa voix aussi tranchante qu'une lame de rasoir. Le rythme est trop parfait. Trop mécanique.
Elle s'avança d'un pas, son regard d'acier perçant l'obscurité. Dans sa poitrine, le silence était total : aucun battement de cœur ne venait trahir une quelconque peur. Son pragmatisme l'aidait à analyser la situation en quelques secondes. Elle remarqua que les marches étaient gravées de symboles architecturaux complexes, des schémas de cités qui semblaient se transformer selon l'angle sous lequel on les regardait.
Soudain, les premiers gardiens apparurent dans la faible lueur bleue émise par le bandage d'Oscar. C'étaient de petites créatures de cuivre, montées sur quatre pattes articulées qui ressemblaient à des aiguilles d'horloge. Leurs têtes n'étaient que des globes de verre remplis d'engrenages en mouvement perpétuel.
— Des Sentinelles-Horloges, s'émerveilla Léopold.
Le jeune oracle posa son skate au sol et s'accroupit, observant la carte du ciel tatouée sur son crâne qui semblait luire très faiblement au contact de l'air de la cité.
— Elles ne sont pas ici pour nous mordre, ajouta-t-il avec son sang-froid habituel. Elles vérifient si nous avons le « temps » nécessaire pour entrer.
— Le temps ? Quel genre de charabia est-ce encore ? bougonna Zéphyr en essayant de distinguer les formes qui s'agitaient autour de ses bottes.
Oscar, lui, ne disait rien. Sa marionnette, un petit personnage en bois aux yeux tristes, pointait son minuscule bras vers le bas de l'escalier. Le vieux conteur sentait une pression glaciale sur ses épaules, une sensation familière liée au pacte qu'il cherchait désespérément à briser.
— Elles s'écartent, remarqua Astra avec une pointe de condescendance, comme si la solution était évidente. Elles ne nous barrent pas la route, elles nous pressent. Regardez les murs.
Les parois de l'escalier commençaient à se rapprocher lentement, dans un gémissement de métal broyé. Le passage millénaire, comme l'avait prédit la légende, était en train de s'effondrer sur lui-même. La cité ne s'ouvrait pas pour les accueillir, elle les mettait au défi de survivre à son entrée.
— On fonce ! ordonna Zéphyr.
Léopold s'élança le premier sur son skate, dévalant les marches avec une agilité déconcertante, suivi de près par Astra et Zéphyr. Oscar, malgré son âge, courait avec une énergie née de la terreur.
Ils débouchèrent enfin dans une immense salle circulaire où des milliers d'engrenages géants tournaient dans un vacarme assourdissant. Au centre de la pièce, un piédestal de platine supportait une lentille de cristal géante qui projetait un rayon de lumière pure vers le plafond.
— C'est magnifique, souffla Zéphyr, qui parvenait à percevoir l'éclat intense de la lumière.
Mais le moment de fascination fut de courte durée. Un craquement titanesque secoua toute la structure. Astra leva les yeux et son visage se décomposa.
— La lentille ! Si elle se brise, nous n'aurons plus de guide dans ce labyrinthe !
À cet instant précis, une ombre massive se détacha des rouages au-dessus d'eux. Ce n'était pas une petite sentinelle cette fois, mais quelque chose de beaucoup plus grand, doté de plusieurs bras métalliques qui commençaient à enserrer le précieux cristal.