Le secret perdu de la Vallée des Géants

Chapitre 17

Le Cœur de la Tempête

3 mai 2026

Milo ne ressentait plus le poids de ses bottes, ni la brûlure du froid sur son visage. Il flottait dans un espace entre deux mondes, une dimension de pure lumière où les sons ressemblaient à des vibrations de harpe. En dessous de lui, la Cité de Verre n'était plus qu'un amas de débris scintillants. Il voyait son propre corps, étendu sur une dalle de nacre, immobile, tandis que Silas tentait désespérément de le ranimer.

Mais le plus terrifiant était Xylia. La Messagère du Vent avait réussi son pari. En s'extrayant du reflet de Milo, elle avait acquis une forme hybride, à la fois humaine et reptilienne, nimbée d'une aura bleu électrique. Elle ne chevauchait plus le Dormeur de Soufre ; elle l'habitait par la pensée, tout en conservant ce nouveau corps agile qui courait désormais vers les éclats du sablier brisé.

— L'ordre et le chaos… chantonna Xylia, sa voix résonnant jusque dans l'esprit immatériel de Milo. Tout est enfin réuni. Je ne suis plus une simple messagère. Je suis la Saison elle-même !

Sa versatilité légendaire la poussait à agir avec une précipitation fébrile. Elle ramassait les morceaux de diamant avec une impatience qui faisait trembler le sol. Mais alors qu'elle s'apprêtait à saisir le grain de sable noir — le fragment de temps corrompu — une main de lumière blanche s'interposa.

— Analyse de la menace terminée, résonna une voix familière.

Milo sentit une présence chaleureuse à ses côtés dans cette dimension éthérée. C'était Lazare. Ou plutôt, ce qu'il restait de l'esprit du robot. Sa couronne de fer flottait maintenant autour de sa propre essence lumineuse.

— Milo, écoute-moi, dit Lazare. Sa pureté de caractère vibrait comme une note juste dans tout ce chaos. Nous sommes dans la trame de la Vallée. Xylia a volé ton apparence, mais elle n'a pas ton cœur. La structure du monde est en train de se briser parce qu'elle essaie de forcer des pièces qui ne vont pas ensemble. Elle fait de la mauvaise marqueterie.

— Comment puis-je retourner là-bas ? demanda Milo, désespéré. Mon grand-père est en danger !

— Tu ne peux pas retourner en arrière, répondit le robot. Mais tu peux aller de l'avant. Regarde la boussole.

Dans sa main immatérielle, Milo vit sa boussole. Bien qu'elle soit brisée dans le monde réel, ici, elle était entière et rayonnante. Elle ne pointait plus le Nord, ni le haut. L'aiguille tournait pour désigner les trois points cardinaux de cette crise : Silas, le corps de Milo, et le Cœur d'Opale qui brillait encore au front du Dormeur de Soufre.

Soudain, Silas leva les yeux, comme s'il sentait la présence de son petit-fils.

— Milo ! Si tu m'entends, ne regarde pas le désastre ! Regarde la source ! Le secret perdu n'est pas une chose, c'est un lien !

Xylia poussa un rugissement. Elle venait de réaliser qu'elle ne pouvait pas ramasser les grains de sable du temps sans une volonté humaine pour les lier. Elle se tourna vers le corps inerte de Milo, ses griffes prêtes à déchirer le dernier lien qui retenait l'esprit du garçon.

Mais alors qu'elle s'élançait, un grondement bien plus profond que celui des Géants monta des entrailles de la terre. Ce n'était pas un cri, mais un battement de cœur. Un battement si puissant qu'il fit éclater les derniers miroirs de la cité.

Sous les ruines du Sanctuaire, quelque chose d'immense, resté tapi depuis l'aube des temps, commençait à ouvrir une paupière de pierre. Et ce que Milo vit dans cette pupille géante qui venait de se fixer sur lui le fit hurler de terreur : ce n'était pas de la pierre, c'était un œil humain, immense et rempli de larmes.