Le secret perdu de la Vallée des Géants

Chapitre 15

Le Miroir des Possibles

3 mai 2026

Le fracas du dôme de verre qui volait en éclats ressembla à des milliers de cloches sonnant l'alarme en même temps. Milo fut projeté contre le socle du sablier de diamant, ses oreilles bourdonnantes. Partout autour de lui, des fragments de cristal tourbillonnaient dans l'air, ralentis par une force invisible émanant du bouton de nacre qu'il venait de presser.

— Milo ! Tiens bon ! cria Silas, protégeant son visage des éclats scintillants. Le temps s'épaissit ici ! C'est la défense ultime du Sanctuaire !

Au-dessus d'eux, le bras titanesque du Dormeur de Soufre semblait figé dans le ciel, comme une mouche prise dans du miel. Xylia, dont le visage de brume flottait à la surface de la roche noire, hurlait de frustration. Ses yeux bicolores, le bleu électrique et le noir profond, cherchaient désespérément une faille dans la barrière temporelle qui protégeait la cité de verre.

— Tu ne peux pas arrêter l'inévitable, enfant ! gronda la voix de la dragonne, déformée par le cristal. L'Hiver est là pour tout effacer, et moi avec ! Je veux cette clé pour ne plus être la Messagère de la destruction ! Je veux être l'artisan de mon propre destin !

Milo se redressa, les genoux tremblants. Il regarda le sablier. Le sable noir à l'intérieur ne tombait plus vers le bas ; il commençait à remonter, défiant la gravité. En s'approchant de la paroi de diamant, il remarqua que les reflets sur le verre changeaient. Ce n'était plus le combat qu'il voyait, mais des scènes de ce qui *pourrait* être.

Dans un reflet, il vit la vallée verdoyante, libérée du givre, avec Lazare et lui sculptant du bois au soleil. Dans un autre, il vit la vallée totalement recouverte par une banquise noire où seule Xylia errait, solitaire et majestueuse, prisonnière de sa propre puissance.

— C'est ça le secret, grand-père ? demanda Milo, fasciné. Le Sanctuaire ne montre pas le futur, il montre les choix ?

— Exactement, Milo, répondit Silas en s'approchant. Mais le bouton de nacre n'était que le premier verrou. Pour stabiliser le temps et repousser le Grand Hiver, il faut harmoniser les trois essences : l'observation humaine, l'organisation mécanique et le souffle du vent.

Soudain, une vibration sourde monta du sol. Le Dormeur de Soufre, utilisant sa force brute, commençait à briser la mélasse temporelle. Des fissures apparurent dans l'air lui-même. Xylia, dans un accès de versatilité pure, changea de stratégie. Elle ne cherchait plus à briser le dôme, mais à faire fondre la cité de verre avec la chaleur de son soufre.

— Lazare ! appela Milo en espérant que l'esprit du robot l'entendrait depuis le corps d'Aethel. On a besoin de toi ! Organise le flux !

À l'horizon, le géant de pierre claire, Aethel, s'illumina d'une lueur dorée. Une onde de choc ordonnée balaya la vallée, percutant le Dormeur de Soufre. La structure du géant noir vacilla. Sous l'effet de la logique parfaite de Lazare, le soufre chaotique commença à se cristalliser, immobilisant Xylia de l'intérieur.

— Regarde, Milo ! s'exclama Silas en pointant le sablier. Le grain noir a disparu !

Le sable redevenait d'un blanc pur. Mais alors que Milo pensait avoir gagné, une main de chair et d'os sortit brusquement de la base du sablier. Une main identique à celle de son grand-père, mais beaucoup plus jeune. Elle saisit le poignet de Milo avec une force surprenante.

Milo baissa les yeux et son cœur s'arrêta presque. Dans le reflet du socle, ce n'était pas son image qu'il voyait, mais un garçon qui lui ressemblait trait pour trait, portant les mêmes vêtements, mais dont les yeux étaient exactement comme ceux de Xylia : un bleu électrique et un noir profond.

— Ne les écoute pas, Milo, murmura le double dans le miroir. Le Grand Hiver n'est pas l'ennemi. C'est toi.