Le secret perdu de la Vallée des Géants
Chapitre 9
Les Veines d'Or et de Pierre
3 mai 2026
Les doigts du Dormeur de Soufre se refermèrent au-dessus d'eux avec un fracas de plaques tectoniques. Le ciel disparut, remplacé par une voûte de roche noire qui suintait une vapeur jaunâtre et suffocante. L'air devint lourd, chargé d'une odeur de brûlé qui irritait la gorge de Milo.
— Vite ! Dans l'escalier ! ordonna Silas en poussant Milo vers l'ouverture.
Lazare ne se fit pas prier. Le robot, terrifié par l'idée que sa « structure » soit écrasée par la brute de soufre, se précipita dans la gorge sombre de l'escalier, sa couronne de fer émettant des bips erratiques. Milo et son grand-père s'engouffrèrent à leur tour juste au moment où un énorme doigt de pierre noire venait frapper l'endroit exact où ils se trouvaient une seconde plus tôt. La main d'Aethel, le géant de pierre claire, vibra sous le choc, mais elle ne céda pas.
À l'intérieur, le silence revint brusquement, seulement troublé par le bourdonnement sourd qui émanait des parois. Ce n'était pas un escalier ordinaire. Les marches étaient faites d'une substance translucide, semblable à de l'ambre, à l'intérieur de laquelle des filaments d'or semblaient pulser comme des circuits électriques.
— C'est... c'est vivant ? demanda Milo en posant une main sur la paroi tiède.
— C'est le système nerveux d'Aethel, expliqua Silas, reprenant peu à peu ses forces. Le Sanctuaire n'est pas une pièce statique, c'est le poste de commande. Chaque Géant est une machine biologique complexe, et le Cœur d'Opale est ce qui leur permet d'exister.
Ils descendirent en colimaçon, s'enfonçant dans ce qui semblait être l'avant-bras du colosse. Lazare s'arrêta soudain devant une paroi où une série de petits panneaux de bois et de métal étaient incrustés. Sa passion pour la marqueterie le fit frémir de plaisir malgré le danger.
— Regardez cet assemblage, murmura le robot, ses doigts de métal effleurant les jointures parfaites. C'est du bois de fer et de la nacre de nuage. C'est... c'est une serrure logique.
— On n'a pas le temps pour l'admiration, Lazare ! s'inquiéta Milo. Le Dormeur de Soufre est en train d'attaquer !
En effet, des secousses violentes secouaient tout le couloir. On entendait au loin le cri déchirant d'Aethel. Le géant de pierre claire était plus lent, plus paisible, et son assaillant de soufre semblait l'étrangler.
— Lazare a raison, intervint Silas. Cette porte mène au centre énergétique. Si nous ne l'ouvrons pas, Aethel ne pourra pas se défendre. Il restera une statue immobile à la merci du Dormeur.
Le robot se mit au travail. Son inconstance disparut, remplacée par une concentration absolue. Ses mains calleuses bougeaient avec une grâce insoupçonnée, déplaçant les pièces de la marqueterie pour recréer un motif ancestral. Milo, de son côté, utilisa son sens de l'observation pour repérer les indices : de minuscules encoches sur le mur qui indiquaient la position correcte de chaque fragment de bois.
— Là ! À gauche, Lazare ! La pièce en forme d'aile !
Dans un déclic harmonieux, la porte pivota. Derrière elle s'ouvrait une salle immense dont les parois étaient couvertes de miroirs d'opale. Au centre, un socle vide attendait quelque chose.
— Où est le Cœur ? demanda Milo, le regard inquiet.
Silas pointa du doigt un moniteur de cristal qui affichait une vue de l'extérieur. Milo sentit son sang se glacer. Sur l'écran, il vit le Dormeur de Soufre soulever Xylia. La dragonne ne se battait plus. Elle tenait entre ses griffes une gemme blanche qui irradiait une lumière insoutenable : le Cœur d'Opale.
Mais ce qui terrifia le plus Milo, ce n'était pas le vol de la pierre. C'était de voir que Xylia ne s'enfuyait pas. Elle approchait la gemme du front du géant de soufre.
— Elle ne veut pas seulement un nouveau corps, réalisa Silas d'une voix blanche. Elle veut devenir le cerveau du Dormeur. Elle veut posséder la puissance de destruction de la vallée !
Soudain, une alarme stridente retentit à l'intérieur d'Aethel. Une substance noire, visqueuse et brûlante, commença à s'infiltrer par les fissures du plafond. Le soufre du géant ennemi pénétrait dans leurs veines de pierre.