Le secret perdu de la Vallée des Géants
Chapitre 7
Le Souffle du Colosse Endormi
3 mai 2026
Le sol ne tremblait pas ; il respirait. Milo comprit avec une terreur mêlée de fascination que la salle circulaire n'était pas une simple grotte. Les dalles de pierre sous ses pieds s'élevaient lentement, révélant des articulations colossales recouvertes de mousse et de lichen. Ils ne se trouvaient pas dans une montagne, mais dans la paume d'un Géant qui s'éveillait après un sommeil de plusieurs millénaires.
— La vallée... balbutia Milo en s'agrippant à un pilier de cristal. La vallée n'est pas un lieu, c'est un peuple.
Le Gardien de l'Hiver, cette créature de glace noire, poussa un cri strident. Il ne cherchait plus à attaquer Milo. Il semblait soudain minuscule, tel une fourmi sur le dos d'un lion. Le Géant s'étira, et le plafond de la caverne s'ouvrit totalement, révélant le ciel étoilé de la nuit polaire. L'air s'engouffra dans la cavité, faisant tourbillonner les voiles de Xylia.
La dragonne se redressa, ses écailles brillant d'un éclat neuf. Son œil bleu électrique pulsait au rythme du cœur de la montagne.
— Regarde, Milo ! cria-t-elle par-dessus le vacarme des roches qui s'entrechoquaient. L'ordre revient ! Le Géant se lève pour chasser l'hiver !
Mais tout n'était pas réglé. Le bloc d'opale contenant Silas glissait dangereusement vers le bord de la main titanesque, prêt à basculer dans le vide abyssal de la vallée. Lazare, dont l'inconstance l'avait laissé figé sur place, fixait la crevasse où son engrenage de bois était tombé. Pour le robot, la perte de cet objet « parfait » était une tragédie pire que la fin du monde.
— Mon œuvre... murmura Lazare, ses yeux blancs s'éteignant presque. Sans l'engrenage, la machine est incomplète. Je ne suis qu'un jouet cassé.
— Lazare, écoute-moi ! lança Milo en rampant vers lui. Ton talent ne dépend pas d'un morceau de bois. Tu es un bâtisseur ! Regarde ce Géant, c'est la plus grande marqueterie du monde. Aide-moi à sauver mon grand-père, et je te promets que nous reconstruirons quelque chose de plus grand encore !
Le robot tourna son visage de porcelaine vers l'enfant. La mention de « reconstruction » sembla rallumer une étincelle dans ses circuits. Sa couronne de fer se remit à flotter horizontalement, signe qu'il retrouvait sa concentration.
— Une structure... plus grande ? répéta-t-il d'une voix plus stable.
Xylia, utilisant ses pouvoirs de Messagère du Vent, créa un courant ascendant pour stabiliser le bloc d'opale. Mais elle faiblissait. Maintenir une telle masse d'énergie tout en changeant de forme l'épuisait.
— Je ne pourrai pas tenir longtemps ! prévint-elle. Le secret de Silas... il faut le comprendre maintenant !
Milo fixa de nouveau le bloc d'opale. « Le secret n'est pas dans la pierre. » Il se souvint des mains de son grand-père, toujours en mouvement, créant de la vie à partir de rien. Il regarda autour de lui et remarqua que les arbres de cristal ne poussaient pas n'importe comment. Ils suivaient les lignes de la main du Géant, comme les veines d'un corps humain.
— Ce n'est pas une clé physique qu'il faut, comprit soudain Milo. C'est une harmonie !
Il demanda à Lazare de poser ses mains calleuses sur l'opale et de transmettre la vibration de ses propres rouages. Milo, lui, posa ses mains sur celles du robot, ajoutant la chaleur humaine au métal froid. Ensemble, ils formèrent un pont.
La pierre précieuse commença à fondre, non pas sous l'effet de la chaleur, mais comme si elle redevenait liquide sous l'effet d'une musique invisible. Silas ouvrit les yeux pour de bon. Il tendit une main tremblante vers son petit-fils, mais alors que leurs doigts allaient se toucher, une ombre immense survola le groupe.
Ce n'était pas le Gardien. C'était quelque chose de bien plus ancien, une silhouette ailée qui semblait faite de fumée noire, et qui venait de fondre sur Xylia pour l'entraîner dans les profondeurs de la vallée.
— Xylia ! hurla Milo.
Mais le Géant continuait de se lever, et un nouveau bruit, sourd et menaçant, monta des entrailles de la terre : le cri d'un second Géant, qui ne semblait pas du tout ravi d'avoir été réveillé.