Le secret perdu de la Vallée des Géants

Chapitre 6

Le Gardien des Neiges Noires

3 mai 2026

La créature qui descendait du plafond n'avait rien d'humain. C'était une masse colossale de givre et de roche sombre, dont les membres semblaient être des stalactites acérées. Ce Gardien de l'Hiver, comme l'appelait Xylia, était le signe que le temps s'accélérait. La neige noire, en touchant le sol, ne fondait pas ; elle dévorait la lumière de la mousse luminescente, plongeant le jardin dans une pénombre inquiétante.

— Recule, Milo ! cria Xylia. Sa voix n'était plus celle d'une vieille femme fatiguée, mais un grondement qui faisait vibrer les parois de la caverne.

Elle se transforma sous les yeux ébahis du garçon. Ses voiles se muèrent en ailes membraneuses et son corps s'étira, révélant une forme reptilienne gracieuse et redoutable. Cependant, malgré sa puissance, elle semblait hésitante. Sa passion pour la poterie l'avait rendue attentive aux détails, mais son désir de changer d'identité la rendait instable. Elle ne savait pas si elle devait combattre en tant que Messagère du Vent ou s'enfuir pour préserver sa chance de recommencer une nouvelle vie.

Lazare, quant à lui, était fasciné. Pour le petit robot, le Gardien représentait une structure complexe, une architecture de glace qu'il aurait rêvé d'assembler pièce par pièce.

— C'est... parfait, murmura Lazare, sa couronne de fer tournoyant avec une lenteur hypnotique. Aucune erreur dans les angles. Aucune impureté dans le gel.

— Lazare, aide-moi ! appela Milo en essayant de briser la glace noire qui commençait à entourer le bloc d'opale où son grand-père était prisonnier.

Mais le robot était plongé dans son inconstance habituelle. Un instant, il voulait aider Milo, l'instant d'après, il souhaitait s'allier au Gardien pour apprendre les secrets de sa construction glacée. Il s'approcha du colosse, ses mains calleuses tendues comme pour une caresse technique.

Le Gardien de l'Hiver poussa un rugissement qui ressemblait au craquement d'un glacier. Il leva un poing massif, prêt à écraser l'opale — et Silas avec elle. Le temps sembla ralentir. Milo remarqua alors un détail que les autres, trop occupés par le combat ou l'admiration, n'avaient pas vu. Sur le torse du Gardien, juste au-dessus de son cœur de glace, se trouvait une petite encoche vide. Une forme familière.

— L'engrenage ! s'exclama Milo. Lazare, l'engrenage que tu as sculpté tout à l'heure ! C'est la pièce manquante !

Lazare sursauta. La pureté de sa passion pour la marqueterie reprit le dessus. Il plongea la main dans son compartiment interne et sortit la petite pièce de bois qu'il avait façonnée avec tant de soin dans l'atelier.

— Mais si je la donne, je n'aurai plus rien de beau à moi, hésita le robot, ses yeux redevenant blancs et tristes.

Le Gardien abattit son poing. Xylia s'interposa, ses ailes déployées pour encaisser le choc, mais la force de l'hiver était trop grande. Elle fut projetée contre les arbres de cristal qui se brisèrent dans un tintement lugubre. Milo se retrouva seul face au géant de glace, son grand-père à quelques centimètres seulement, toujours immobile dans sa prison de pierre précieuse.

— Lazare, maintenant !

Le robot lança l'engrenage de bois vers le colosse, mais le projectile fut dévié par une bourrasque de neige noire. L'objet tomba dans une crevasse sombre, hors de portée. Le Gardien tourna alors son regard de givre vers Milo, et le garçon comprit que le Sanctuaire n'était pas seulement un lieu de protection, mais un piège pour ceux qui n'avaient pas le cœur assez solide.

Soudain, le bloc d'opale se mit à briller d'une lumière si intense que Milo dut se protéger les yeux. À l'intérieur, Silas ouvrit une paupière. Son regard ne se porta pas sur son petit-fils, mais sur la paroi derrière eux, là où une inscription ancienne commençait à apparaître sous l'effet de la chaleur de l'opale.

— Le secret... n'est pas dans la pierre, Milo... parvint à articuler Silas dans un souffle mystique.

Avant que Milo ne puisse comprendre, le sol se mit à osciller violemment. Ce n'était pas un tremblement de terre. C'était quelque chose de bien plus grand qui s'éveillait sous leurs pieds, quelque chose qui attendait ce moment précis depuis des millénaires.