Le secret perdu de la Vallée des Géants

Chapitre 5

Le Jardin des Murmures Minéraux

3 mai 2026

Le choc ne vint pas. Au lieu de s'écraser au fond d'un gouffre, Milo sentit une pression ferme mais étrangement souple l'envelopper. La main de pierre n'était pas un piège, mais une sorte d'ascenseur organique, une relique des anciens bâtisseurs. Elle déposa le garçon et le robot sur un sol tapissé de mousse luminescente avant de se rétracter dans la paroi avec un sifflement hydraulique.

Milo se redressa, secouant la poussière de ses vêtements. À côté de lui, Lazare semblait avoir subi un court-circuit. Sa couronne de fer flottait de travers, émettant de petites étincelles violettes, et son regard blanc était devenu terne. Le robot tâtonnait le sol, cherchant ses outils de marqueterie avec une détresse enfantine.

— Mes bois… mes placages… tout est tombé, gémissait-il. L’ordre est brisé, Milo. Comment construire le beau sans l’ordre ?

— On s’en moque des outils, Lazare ! On doit trouver mon grand-père ! s'exclama Milo en scrutant l’obscurité.

Ils se trouvaient dans une grotte immense qui ressemblait à une serre pétrifiée. Des arbres de cristal s'élançaient vers le plafond, leurs branches chargées de fruits de quartz qui diffusaient une lumière laiteuse. C'était le Jardin des Murmures, un lieu dont Silas lui avait parlé dans ses histoires de chevet, un endroit que l'on disait invisible pour quiconque voyageait avec précipitation.

Milo ferma les yeux un instant, essayant de calmer les battements de son cœur. Il se souvint de ce que Xylia lui avait dit sur l'attention. En ouvrant les yeux, il ne regarda pas les arbres brillants, mais les ombres qu'ils projetaient sur le sol. Là, dans le contraste entre la lumière et l'obscurité, il vit des motifs. Les ombres dessinaient un sentier précis, invisible si l'on ne se concentrait que sur les cristaux.

— Par ici, ordonna-t-il à Lazare.

Le robot le suivit en titubant, son inconstance prenant le dessus sur sa menace. Il semblait avoir oublié qu'il voulait utiliser Milo ; pour le moment, il n'était qu'un enfant de métal perdu.

— Regarde, Lazare. Les ombres indiquent le chemin. C’est comme de la marqueterie, mais faite avec de la lumière.

Cette comparaison sembla apaiser le robot. Il se concentra, ses yeux redevenant blancs et fixes. Ils progressèrent ainsi pendant ce qui parut être des heures, s'enfonçant au cœur de la montagne. Le silence était total, jusqu'à ce qu'un chant cristallin, doux comme une berceuse, ne s'élève des profondeurs.

Au bout du chemin d'ombres, ils débouchèrent sur une esplanade circulaire. Au centre, un immense bloc d'opale brute pulsait d'une lueur chaude. Et prisonnier à l'intérieur de la pierre translucide, Milo reconnut la silhouette de son grand-père. Silas semblait endormi, ses mains posées sur la paroi de la gemme comme s'il essayait de la sculpter de l'intérieur.

— Grand-père ! hurla Milo en courant vers l'opale.

Mais alors qu'il allait toucher la pierre, une rafale de vent glacé s'engouffra dans la salle. Xylia apparut, non plus sous sa forme de vieille femme, mais entourée d'une aura de brume qui la faisait paraître immense. Ses yeux bicolores brillaient d'une intensité terrifiante.

— Ne le touche pas, Milo ! ordonna-t-elle. Il n'est plus seulement ton grand-père. Il est devenu la clé de la saison. Si tu le libères sans le rituel, le Grand Hiver ne s'arrêtera jamais sur la vallée.

À cet instant, un craquement sinistre retentit. Ce n'était pas l'opale qui se brisait, mais le plafond de la grotte. Une immense fissure s'ouvrit, laissant tomber des flocons de neige noire qui commençaient à consumer la lumière des cristaux. Et dans l'ouverture, une silhouette massive, bien plus grande que Xylia, commença à descendre.