Le secret perdu de la Vallée des Géants

Chapitre 2

L'Écho des Engrenages

3 mai 2026

Le défilé des Colosses était encore plus impressionnant de l'intérieur. Les parois de roche s'élevaient si haut que le ciel n'était plus qu'un ruban violet parsemé de premières étoiles. Milo avançait avec prudence, ses bottes crissant sur les cailloux. Il se rappelait les paroles de Xylia : « Le Sanctuaire se révèle à ceux qui savent voir ce que les autres ignorent. »

Pour l'instant, tout ce qu'il voyait, c'était de la pierre grise et des ronces sèches. Pourtant, en s'arrêtant pour reprendre son souffle, il remarqua une anomalie. Sur le flanc d'un pilier naturel, une petite plaque de bois était incrustée dans la roche. Elle était minuscule, pas plus grande qu'une boîte d'allumettes, mais d'une précision incroyable. C'était une marqueterie fine, représentant une feuille de chêne faite de différents bois précieux.

— Ce n'est pas l'œuvre de mon grand-père, murmura Milo en effleurant le bois poli. Silas travaille le cuir et le métal, pas la marqueterie.

Soudain, un bruit sec retentit au-dessus de lui. Un petit fragment de pierre dégringola la paroi et vint s'écraser à ses pieds. Milo leva la tête. Là-haut, sur une corniche étroite, une silhouette se déplaçait avec une fluidité surnaturelle. Ce n'était pas un humain, ni un animal. C'était Lazare.

De loin, le robot ressemblait à un enfant de petite taille, mais ses mouvements étaient saccadés, presque hésitants, comme s'il découvrait la gravité pour la première fois. La couronne de fer noir qui flottait au-dessus de son crâne métallique émettait une faible lueur bleutée. Lazare ne regardait pas Milo. Il semblait fasciné par la paroi rocheuse, ses mains calleuses de travailleur palpant les moindres fissures avec une sorte de tendresse maladroite.

Milo se figea. Il savait qu'il devait rester discret, mais sa curiosité fut plus forte. Il remarqua que là où Lazare posait ses doigts, la pierre semblait réagir. Un mécanisme caché, profond comme le cœur de la montagne, s'enclencha avec un grognement sourd. Un courant d'air chaud, chargé d'une odeur de vieux papier et de mousse humide, s'échappa d'une fente qui venait de s'ouvrir.

— Le passage... souffla Milo.

Mais le robot s'arrêta brusquement. Sa tête pivota à cent quatre-vingts degrés dans un cliquetis sinistre. Ses yeux, deux lentilles d'un blanc immaculé, se fixèrent sur le garçon. Lazare ne semblait pas agressif, plutôt... curieux, avec cette pureté troublante propre aux nouveau-nés. Pourtant, l'inconstance de son regard changea en une seconde. Une lumière rouge remplaça le blanc, et la couronne de fer au-dessus de sa tête se mit à tourbillonner violemment, créant un sifflement aigu.

Lazare leva une main, et de ses doigts mécaniques jaillirent de minuscules copeaux de bois qui s'assemblèrent en plein vol pour former une flèche acérée.

— Pas... ici... grésilla une voix enfantine et métallique qui résonna dans toute la gorge.

Milo recula, mais il sentit le sol se dérober sous lui. Ce n'était pas un éboulement. La plaque de marqueterie qu'il avait touchée plus tôt s'était enfoncée, activant un piège vieux de plusieurs siècles. Un pan entier de la falaise bascula, emportant Milo dans un toboggan de ténèbres tandis que le rire mécanique de Lazare s'éteignait au loin.