Le secret perdu de la Vallée des Géants
Chapitre 1
L'Ombre des Colosses
3 mai 2026
Le vent de la Vallée des Géants ne se contentait pas de souffler ; il murmurait des secrets que personne n’osait plus écouter. Pour Milo, un garçon de onze ans aux cheveux ébouriffés par la marche, chaque bourrasque ressemblait à un avertissement. Devant lui s'étendaient les Colosses : d'immenses piliers de pierre sculptés par le temps, dont les sommets se perdaient dans les nuages pourpres de cette fin de saison.
Il ne restait que sept jours avant que le Grand Hiver ne recouvre la vallée d'un manteau de glace éternel. Sept jours pour retrouver son grand-père, Silas, disparu alors qu'il cherchait le Sanctuaire d'Opale. Milo serra la lanière de son sac à dos. Il n'avait pour seul indice qu'une boussole qui pointait obstinément vers le haut et une vieille carte dont les traits s'effaçaient à la lumière du jour.
— Tu ne trouveras rien en regardant le ciel, petit d'homme, lança une voix rauque et sifflante.
Milo sursauta et se tourna vers un abri de roche grise qu'il n'avait pas remarqué. Assise devant un tour de potier rudimentaire, une silhouette étrange s'affairait. C'était une femme très âgée, vêtue de voiles légers qui semblaient faits de vent et de poussière. Mais ce n'était pas une humaine ordinaire. Sous ses vêtements, on devinait des reflets d'écailles sombres, et ses mains se terminaient par des ongles longs et acérés, comme des griffes de prédateur.
Elle leva les yeux, et Milo retint son souffle. L'œil gauche de la vieille femme était d'un bleu électrique, vibrant comme un éclair, tandis que le droit était d'un noir si profond qu'il semblait absorber toute la lumière de la pièce. C'était Xylia, la Messagère du Vent, une créature légendaire dont on disait qu'elle avait vu naître les montagnes.
— Je cherche le Sanctuaire, balbutia Milo en essayant de masquer son tremblement. Mon grand-père est là-bas. Je sais qu'il s'est égaré.
Xylia s'arrêta de pétrir son argile. Elle rangea ses pots avec une précision maniaque, alignant chaque récipient au millimètre près sur une étagère de pierre. Son obsession pour l'ordre contrastait avec la nature sauvage de la vallée.
— Le Sanctuaire ne se laisse pas trouver, expliqua-t-elle en fixant Milo de son œil bicolore. Il se révèle à ceux qui savent voir ce que les autres ignorent. La plupart des voyageurs marchent sur le trésor sans jamais baisser les yeux.
Elle désigna du menton une traînée de poussière argentée sur le sol.
— Ton grand-père avait cette étincelle dans le regard, mais il a été imprudent. Il n'est pas seul dans ces montagnes. Quelque chose d'autre s'est éveillé.
À cet instant, un bruit métallique strident résonna au loin, comme le frottement de l'acier contre le roc. Milo sentit un frisson parcourir son échine. Dans le lointain, une petite silhouette floue semblait flotter au-dessus du sol. Elle portait quelque chose d'insolite : un cercle de fer sombre qui lévitait au-dessus de ce qui ressemblait à un crâne d'enfant.
— Est-ce... est-ce un robot ? demanda Milo, incrédule.
— C'est Lazare, répondit Xylia d'un ton soudain sombre. Un être de métal avec un cœur de nouveau-né. Il cherche à briser les limites de sa carcasse, et pour cela, il a besoin de l'énergie du Sanctuaire. S'il y arrive avant toi, Milo, le Grand Hiver ne sera pas le seul danger qui s'abattra sur nous.
Xylia reprit son travail, ses griffes traçant des motifs complexes sur un vase encore humide. Milo comprit que la discussion était terminée, mais une question le brûlait encore.
— Pourquoi m'aidez-vous ?
La vieille dragonne s'arrêta un instant, son œil bleu brillant d'une lueur malicieuse.
— Parce que j'en ai assez d'être Xylia. Et si tu sauves ton grand-père, peut-être m'aideras-tu à devenir quelqu'un d'autre.
Alors que le soleil déclinait, jetant des ombres gigantesques sur la plaine, Milo s'enfonça dans le défilé des Colosses. Il ignorait que chaque pas le rapprochait d'un piège que même ses yeux attentifs ne pouvaient encore deviner.