Le secret du gardien des manèges endormis

Chapitre 5

L'étreinte de l'ombre de fer

3 mai 2026

Agathe poussa un cri qui ressemblait au tintement de mille clochettes brisées. La main de métal noir, dont les doigts se terminaient par des engrenages tranchants, la tirait inexorablement vers la faille béante.

— Lâchez-la ! hurla Liam.

Sans réfléchir, le jeune garçon bondit par-dessus un petit manège de tasses tournantes. Sa témérité habituelle le poussa à saisir le poignet métallique de toutes ses forces. Sa cicatrice en forme de croissant s'illumina d'une lueur argentée, et une force sauvage, issue des profondeurs de la terre, sembla couler dans ses bras. Il planta ses talons dans le sol poussiéreux, luttant contre la puissance mécanique qui entraînait son amie.

Néo, de son côté, n'était déjà plus là où on l'attendait. Avec une agilité d'assassin, elle avait grimpé sur les tuyaux de verre de l'orgue géant. Son œil rouge tournait frénétiquement, analysant les points faibles de la structure.

— Liam, tiens bon trois secondes ! lança-t-elle.

Elle dégaina une petite lame de précision cachée dans son gantelet et trancha net un câble de cuivre qui pendait au plafond. Une gerbe d'étincelles bleues jaillit, frappant le bras de fer. Sous le choc électrique, la main desserra sa prise. Agathe s'envola aussitôt, se réfugiant en tremblant dans les cheveux ébouriffés de Liam.

— Oh, c'était très impoli ! haleta la petite fée, réajustant sa robe de dentelle froissée. Ses doigts sentaient le vieux garage et la tristesse ! On ne devrait jamais attraper les gens par les pieds sans demander la permission, surtout quand on est un tas de ferraille !

Pendant ce temps, Mathilde était restée près de la console de contrôle. Sa minutie lui permettait de voir ce que les autres ignoraient dans le feu de l'action. La main de métal ne s'était pas rétractée après avoir lâché Agathe. Au contraire, elle s'était agrippée au bord de la fissure et, avec un grincement de métal supplicié, un torse colossal commença à émerger des profondeurs.

Ce n'était pas un monstre, mais un automate géant, autrefois magnifique, aujourd'hui rongé par une substance noire et visqueuse qui semblait dévorer la matière même. Sur son torse, une plaque de bronze portait une inscription que Mathilde déchiffra à voix haute : « Gardien des Souffles – Unité 01 ».

— Ce n'est pas lui qui nous attaque, réalisa Mathilde, ses yeux s'agrandissant derrière ses lunettes d'aviateur. Il est infecté par l'ombre ! L'Objet réagit à sa présence !

La sphère dans la main de Mathilde se mit à projeter un hologramme complexe au centre de la pièce. C'était une carte du parc, mais avec des souterrains s'étendant bien au-delà de ce qu'ils imaginaient. Un point lumineux clignotait tout en haut de la tour la plus haute du Luna-Park : la Tour des Tempêtes.

— C'est là que nous devons porter l'Objet, dit Néo en rejoignant le groupe. Le Gardien essaie de nous dire que le parc n'est qu'une clé pour un mécanisme bien plus grand.

Soudain, l'automate infecté poussa un rugissement de vapeur. La substance noire sur son corps se mit à couler sur le sol, formant de petites créatures rampantes, semblables à des araignées de goudron. Mais ce qui glaça le sang de Néo fut de voir, sur le mur du fond, une fresque ancienne qui s'illuminait sous l'effet de l'agitation.

On y voyait quatre silhouettes ressemblant étrangement aux quatre amis, entourant un trône vide. Et au-dessus d'eux, une ombre immense dont les yeux étaient des étoiles éteintes. Un message discret, gravé dans un coin de la fresque, indiquait : « Le Maître des Ombres ne cherche pas l'objet. Il cherche celui qui saura l'ouvrir. »

Alors que les araignées de goudron les encerclaient, le sol se mit à vibrer d'une nouvelle façon. Ce n'était plus un tremblement, mais un rythme. Un battement de cœur. Et ce cœur ne venait pas de la machine, mais de sous les pieds d'Agathe, qui se mirent à briller d'une lumière si intense qu'ils en devinrent transparents.