Le secret du gardien des manèges endormis

Chapitre 4

Le battement sous la terre

3 mai 2026

L’escalier en colimaçon ne ressemblait à rien de ce que les enfants avaient vu auparavant. Les marches n’étaient pas en pierre, mais formées de vieux chevaux de bois et de nacelles de manèges compressés, soudés entre eux par une force mystérieuse. L'odeur d'ozone et de métal chaud devenait de plus en plus forte à mesure qu’ils descendaient, mêlée au parfum sucré de la barbe à papa oubliée.

— Cet endroit n'est pas sur mes cartes, murmura Mathilde en serrant son sac contre elle. C’est comme si le parc avait construit un deuxième parc à l’envers, dans ses propres entrailles.

Néo ouvrait la marche, son œil rouge perçant l’épaisse lueur verte qui baignait les parois. Elle avançait avec une prudence rigide, testant chaque appui. Elle se sentait responsable de ce petit groupe disparate, et l'inscription sur le « Maître des Ombres » tournait en boucle dans ses circuits de pensée.

— Oh, regardez ces jolies lueurs ! s'extasia Agathe en voletant près d'un engrenage géant qui luisait d'une émeraude intense. Chez moi, on disait que la lumière verte, c'est l'espoir qui a un peu trop mangé de soupe aux orties ! Est-ce qu'on va trouver des crêpes ici ? Les crêpes aident beaucoup contre les ombres, mon oncle disait toujours que le sirop d'érable est le meilleur bouclier du monde !

Liam rit doucement, mais sa main restait crispée sur le rebord de l'escalier. Sa cicatrice le brûlait.

— Il y a de la vie ici, dit-il sérieusement. Une vie mécanique, mais elle respire. Écoutez.

Ils s’arrêtèrent au bas des marches. Devant eux s’étendait une immense salle voûtée. C’était le cœur secret du Luna-Park. Des dizaines de petits manèges miniatures, des modèles réduits d'une précision incroyable, tournaient en silence sur des socles de cristal. Au centre de la pièce trônait une machine imposante, une sorte de grand orgue relié à des tuyaux de verre où circulait le liquide vert fluorescent.

Mathilde s'approcha, fascinée par la complexité du mécanisme. Sa minutie naturelle reprit le dessus sur sa peur. Elle remarqua que chaque tuyau était étiqueté avec des noms de villes lointaines, certaines disparues depuis des siècles.

— Ce n'est pas un manège, souffla-t-elle. C’est un collecteur de souvenirs. Le Gardien utilisait ce parc pour transformer la joie des enfants en une énergie capable de repousser... autre chose.

Soudain, la sphère dans la poche de Mathilde se mit à hurler. Pas un cri sonore, mais une vibration si intense que les miroirs de la salle se mirent à se fissurer. L’orgue de verre commença à jouer une mélodie discordante, et la lumière verte vira au jaune électrique.

Un écran de contrôle, caché sous une couche de poussière, s'alluma brusquement. Il n'affichait pas de données techniques, mais une carte de la galaxie. Plusieurs points rouges s’y allumèrent, convergeant tous vers un seul endroit : leur parc d’attractions.

— Néo, regarde ! cria Liam en pointant le plafond.

Le plafond de verre, qui donnait sur le fond du bassin des otaries au-dessus d'eux, ne montrait plus d'eau. Il montrait une silhouette massive, une forme sombre et tentaculaire qui recouvrait tout le ciel du Luna-Park, bien plus grande que l'entité de sable de tout à l'heure.

Une voix rauque, semblant provenir du métal même de la salle, résonna alors dans leurs têtes :

— Le signal est activé. Ils savent que l'Héritière est parmi vous.

Avant que Néo puisse demander qui était cette héritière, un craquement sinistre ébranla les fondations. Une fissure géante s'ouvrit dans le sol de la salle secrète, et une main de métal noirci, couverte de symboles anciens, surgit des profondeurs pour agripper la cheville d'Agathe.