Le secret du gardien des manèges endormis
Chapitre 3
Le Palais des reflets oubliés
3 mai 2026
La chute de la Grande Roue ne fit aucun bruit. Au lieu de s'écraser dans un fracas de métal, la structure massive se plia comme un ruban de soie, s'enroulant sur elle-même avant de s'évaporer dans un nuage de poussière grise. Néo réagit à la vitesse de l'éclair. Elle attrapa Agathe au vol et poussa Liam et Mathilde vers l'entrée voûtée du Palais des Miroirs.
— À l'intérieur ! Vite ! ordonna-t-elle, son œil mécanique projetant une grille de sécurité sur le sol pour guider leurs pas.
Ils franchirent le seuil juste au moment où l'entité de sable frappait l'air là où ils se trouvaient une seconde plus tôt. À peine eurent-ils passé les portes de verre terni que le calme revint, un calme lourd et chargé d'une odeur de vieux velours et de cire.
Le Palais des Miroirs était un labyrinthe de couloirs étroits où chaque mur était recouvert de glaces déformantes. Sous la faible lumière de leurs lanternes, les reflets commencèrent à jouer des tours. Mathilde, d'ordinaire si réservée, s'arrêta net devant un miroir concave. Son reflet ne lui renvoyait pas l'image d'une archiviste fatiguée, mais celle d'une pilote aux commandes d'un vaisseau étincelant, ses dix doigts intacts courant sur un clavier de lumière.
— Ne regardez pas les miroirs avec trop d'attention, prévint Mathilde en détournant les yeux, sa voix tremblante d'une tristesse contenue. Ils montrent ce que le Vide a volé à nos cœurs.
— C'est trop tard, j'ai vu un gâteau géant ! gloussa Agathe, tout en se serrant contre l'épaule de Liam. Mais il avait un goût de poussière, alors je ne le veux plus.
Liam, lui, restait aux aguets. Sa cicatrice en forme de croissant le lançait, un signe certain que la menace n'était pas restée à la porte. Il posa sa main sur une cloison de verre.
— Le manège nous protège, murmura-t-il avec cette noblesse sauvage qui le caractérisait. Il dévie l'énergie de l'ennemi à travers les reflets. Mais l'Objet... il devient lourd, n'est-ce pas ?
Mathilde hocha la tête. La sphère dans sa poche semblait peser une tonne. Elle la sortit avec précaution. L'artefact ne se contentait plus de vibrer ; il émettait maintenant un battement régulier, comme un cœur de métal s'éveillant d'un long sommeil. Un éclat bleuté s'en échappa, révélant sur le sol du labyrinthe une trappe cachée sous des couches de tapis moisis.
Néo s'agenouilla pour l'examiner. Son œil rouge effectua un zoom précis.
— Ce n'est pas une trappe ordinaire, nota-t-elle. Elle porte le sceau de la Guilde des Veilleurs. Quelqu'un a prévu notre venue il y a très longtemps.
Alors qu'elle s'apprêtait à l'ouvrir, un son étrange résonna dans tout le bâtiment. Ce n'était pas le vent, ni le monstre de sable. C'était un rire d'enfant, cristallin et joyeux, qui semblait provenir de tous les miroirs à la fois.
Juste au-dessus du cadre de la trappe, Néo remarqua une petite inscription gravée dans le bois qu'elle n'avait pas vue auparavant : « Le Premier n'est qu'un pion. Le Maître des Ombres attend au-delà des étoiles. »
Avant qu'elle puisse alerter ses amis sur cette menace bien plus vaste, la trappe s'ouvrit d'elle-même sur un escalier en colimaçon qui s'enfonçait dans les entrailles du parc. Et du fond des ténèbres, une lumière verte, froide et électrique, commença à monter vers eux.