Le secret du gardien des manèges endormis
Chapitre 2
Le chant de l'acier froid
3 mai 2026
Le vent s'arrêta net, plongeant le Luna-Park dans un silence oppressant. Néo descendit de la Grande Roue en quelques bonds gracieux, ses articulations mécaniques ne produisant qu'un léger cliquetis. Elle rejoignit ses amis près du vieux panneau de contrôle. Son œil rouge scintillait dans la pénombre, projetant une lueur inquiétante sur la marque de brûlure.
— C’est une empreinte de Vide, déclara Mathilde, sa voix tremblant imperceptiblement. Je n'en avais vu que dans les vieux manuscrits de l'astronave. Cela signifie que ce qui arrive ne cherche pas seulement l'Objet, mais veut effacer l'existence même de ce lieu.
Mathilde sortit de sa sacoche une petite fiole d'huile de bois précieux. Avec une minutie extrême, malgré son inhibition habituelle, elle commença à tracer un cercle de protection autour du groupe. Sa passion pour la menuiserie lui avait appris que certains bois gardaient en eux la mémoire de la terre, une barrière efficace contre les forces évanescentes.
Liam, lui, ne restait pas en place. Son instinct de sauvage se réveillait. Il s'accroupit et posa ses mains sur le sable. Sa cicatrice en forme de croissant devint d'un blanc pur.
— La terre a peur, murmura-t-il. Les racines mortes sous le parc se recroquevillent. Quelque chose rampe dans les fondations, sous les vieux manèges. Ce n'est pas juste du sable, c'est une volonté ancienne.
Agathe voletait frénétiquement, ses ailes de fée dispersant une fine poussière dorée.
— Oh, oh ! C’est comme le grand nuage qui a mangé le verger de mon grand-père ! Il disait toujours : « Agathe, quand l’ombre sent le soufre et le vieux papier, il est temps de ranger les biscuits et de sortir les épées ! » Mais je n'ai pas d'épée, et je n'ai pas de biscuits non plus, c'est très embêtant, n'est-ce pas ?
Malgré le danger, le bavardage d'Agathe apportait une étrange douceur à l'atmosphère. Mais Néo restait sérieuse, son esprit tactique analysant chaque recoin.
— Nous devons nous replier vers le Palais des Miroirs, ordonna-t-elle avec sa rigidité habituelle. C’est le point le plus stable géométriquement. Mathilde, garde l'Objet scellé dans ton blouson.
Alors qu'ils commençaient à reculer, le sable devant eux se souleva brusquement. Ce n'était pas une créature, mais une forme humaine composée de grains noirs et de fragments de miroirs brisés. L'entité n'avait pas de visage, seulement une cavité sombre là où aurait dû se trouver un cœur.
Une voix, semblable au froissement d'un parchemin millénaire, s'éleva du vide :
— Rendez ce qui appartient à l'éternité, petits gardiens de la poussière...
Soudain, le troisième œil sur le front d'Agathe, d'ordinaire si fermement clos, s'entrouvrit d'un millimètre. Une larme de lumière pure en coula, et la petite fée poussa un cri de surprise. Sous leurs pieds, le sol du parc ne semblait plus solide ; il se mit à onduler comme la surface d'un lac sombre, et la structure de la Grande Roue commença à s'effondrer sur eux en silence, comme si le métal était devenu du velours.