Les mystères de la cité de métal

Chapitre 8

Le Cœur Pneumatique

3 mai 2026

L’aspiration fut si brutale que les protestations d’Astra furent étouffées dans un sifflement d’air comprimé. Ils furent projetés à travers la fente de la fresque, non pas dans un vide spatial, mais dans un immense tube de verre et de laiton qui serpentait à travers les entrailles de la cité. C’était un système de transport pneumatique, une relique d’une ingénierie oubliée.

— Accrochez-vous à vos poumons ! hurla Zéphyr, sa barbe s’agitant follement tandis qu’elle tentait de faire écran de son corps robuste pour protéger les plus jeunes.

L’odeur de terre après la pluie qui l’accompagnait d’ordinaire fut remplacée par un parfum de métal chaud et d’ozone. Malgré la vitesse, Astra ne ferma pas les yeux. Son regard d’acier analysait chaque jointure du tube, chaque piston qui passait à toute allure.

— La trajectoire est parabolique, nota-t-elle avec une condescendance presque mécanique malgré la situation. Si les amortisseurs de fin de course n’ont pas été graissés depuis un siècle, notre arrivée risque d’être... peu élégante.

Soudain, le voyage prit fin. Un coussin d’air invisible freina leur course et ils furent déposés avec une douceur surprenante dans une salle aux dimensions de cathédrale. Le sol était pavé de dalles de platine et les murs étaient recouverts de miroirs convexes qui multipliaient à l’infini la lueur de la lentille de cristal que Léopold serrait toujours contre lui.

— C’est l’Observatoire des Murmures, souffla Oscar en se relevant, ses mains calleuses tremblantes.

Le vieux marionnettiste regarda avec méfiance son propre reflet dans les miroirs. Son sang bleu fluorescent, qui s’était arrêté de couler, laissait des traces lumineuses sur son visage ridé. Il se signa nerveusement, comme pour chasser un démon.

— Cet endroit est un nid de bigoterie technologique, grogna-t-il. Rien de bon ne sort de ces verres polis.

Léopold, ignorant les plaintes d’Oscar, s’avança vers le centre de la pièce. Son skate sous le bras, il semblait étrangement attiré par un piédestal vide qui trônait au milieu des miroirs. Sa boussole ne tournait plus ; elle indiquait avec une précision chirurgicale le sommet du piédestal.

— Regardez la carte, chuchota-t-il.

Le tatouage sur son crâne commença à scintiller. Les étoiles représentées sur sa peau semblaient s’aligner avec les reflets dans les miroirs. Léopold esquissa un sourire sournois, un éclat de mystère traversant son regard. Sans prévenir les autres, il déposa la lentille de cristal sur le piédestal.

Un rayon de lumière pure jaillit instantanément du cristal, se réfléchissant contre les miroirs avant de converger vers un point unique au plafond. Une trappe secrète se déverrouilla dans un déclic harmonieux, révélant une maquette miniature de la cité entière, faite d'or et de pierres précieuses.

Zéphyr s'approcha, fascinée par la joaillerie du mécanisme. Mais alors qu'elle tendait la main pour toucher la maquette, Astra l'arrêta net. La diplomate avait remarqué quelque chose sur l'un des miroirs : une ombre qui n'appartenait à aucun d'entre eux.

— Nous ne sommes pas seuls, prévint Astra, sa voix sans émotion devenant un murmure glacial.

Derrière l'un des miroirs, une silhouette familière apparut. Ce n'était pas un robot, ni un monstre. C'était un homme vêtu d'une redingote élégante mais poussiéreuse, tenant une marionnette qui ressemblait trait pour trait à celle d'Oscar.

— Enfin, murmura l'inconnu d'une voix qui fit frissonner Oscar. J'attendais que tu viennes rompre le contrat, mon vieux frère.