Les mystères de la cité de métal
Chapitre 6
L'Architecte des Ombres
3 mai 2026
La silhouette qui se dessinait dans la lumière blanche n’avait rien d’un tas de ferraille. Elle était fluide, presque éthérée, bougeant avec une grâce qui défiait les lois de la mécanique. Les Traqueurs de Rouille, ces scarabées voraces, reculaient maintenant en cliquetant, comme s’ils craignaient d’être effacés par cette présence lumineuse.
— Quoi que ce soit, ça n'a pas de plan architectural logique, murmura Astra, ses yeux d'acier plissés par la concentration. C'est une anomalie dans le système.
Zéphyr, suspendue à son câble, sentit l'odeur de la terre mouillée devenir si forte qu'elle lui en donnait le vertige. Pour elle, c'était le signe qu'une force ancienne et naturelle luttait contre le métal.
— Je descends, annonça-t-elle. Ma désorganisation nous a mis dans ce pétrin, c'est à moi de récupérer ce cristal. C'est une question d'équité.
— C'est du suicide, capitaine ! lança Léopold. Laissez-moi faire, je peux utiliser l'inertie du câble pour osciller jusqu'à la plateforme.
Le jeune oracle n'attendit pas de réponse. Avec un sang-froid qui frisait l'inconscience, il commença à se balancer. Sa carte du ciel, tatouée sur son crâne, se mit à briller d'une lueur argentée, synchronisée avec les étoiles invisibles au-dessus de la décharge. Il voyait des trajectoires de lumière que les autres ne percevaient pas. D'un bond agile, il lâcha le câble et atterrit dans un roulement parfait sur la plateforme de maintenance.
La lentille de cristal était là, brillant d'un éclat pur au milieu de la poussière. Mais au moment où Léopold tendit la main, une voix s'éleva du fond du gouffre. Ce n'était pas une voix humaine, mais un son cristallin, comme des milliers de clochettes tintant à l'unisson.
— L'héritage ne se vole pas, petit oracle. Il se mérite par le sacrifice.
Oscar, toujours suspendu par les fils de sa marionnette, laissa échapper un cri étouffé. Son sang bleu fluorescent se mit à bouillonner sous sa peau.
— Le pacte... bégaya-t-il. Il est ici. Celui qui a volé mon âme se cache dans cette lumière !
Astra ne l'écoutait pas. Elle observait la silhouette blanche qui s'élevait lentement vers Léopold. Elle remarqua alors un détail terrifiant : la silhouette n'avait pas de visage, mais une immense horloge vide à la place du cœur.
— Léopold, fuis ! hurla-t-elle, perdant pour la première fois son calme légendaire.
Mais il était trop tard. La silhouette tendit un bras de lumière et, d'un simple geste, figea le temps tout autour de la plateforme. Léopold se retrouva pétrifié, la main à quelques centimètres du cristal. Alors que le reste du groupe criait d'impuissance, l'être de lumière se tourna vers eux et l'horloge dans sa poitrine commença à tourner à l'envers, aspirant la réalité elle-même.