Les mystères de la cité de métal
Chapitre 1
Les Échos de l'Acier
3 mai 2026
La Grande Décharge ne ressemblait à rien de ce qu'Astra avait pu imaginer. Ce n'était pas un simple tas d'ordures, mais un océan de cuivre, de fer et de rouille qui s'étendait à perte de vue sous un ciel d'un gris métallique. Des montagnes d'engrenages géants côtoyaient des carcasses de navires volants, créant un labyrinthe où le moindre faux pas pouvait déclencher une avalanche de boulons.
— Faites attention où vous mettez les pieds, grogna Zéphyr d'une voix profonde.
La capitaine avançait en tête, sa silhouette massive et barbue dominant le groupe. Malgré son allure de colosse, elle se déplaçait avec une certaine hésitation, ses mains effleurant les parois de métal froid pour compenser sa vue qui s'étiolait chaque jour un peu plus. Dans son sillage, une odeur surprenante de terre après la pluie flottait, contrastant avec l'odeur d'huile de moteur environnante. Pour Zéphyr, cette expédition n'était pas qu'une simple aventure : c'était sa seule chance de trouver, dans la cité perdue, le remède à sa cécité naissante.
À ses côtés, Léopold glissait sur son skate, les roues grinçant sur les plaques d'acier. Le jeune garçon, avec ses baskets usées et sa carte du ciel tatouée sur le crâne, semblait d'un calme olympien.
— Le signal est proche, affirma-t-il sans quitter des yeux une étrange boussole qui pointait vers le bas. Mon héritage doit être quelque part là-dessous, caché dans les fondations de la cité.
— Si la cité existe vraiment, intervint Astra en ajustant ses lunettes d'observation.
La jeune diplomate ne pouvait s'empêcher de noter la structure précaire des piles de débris. Elle était fascinée par l'architecture du chaos, mais son pragmatisme reprenait vite le dessus. Si on approchait l'oreille de sa poitrine, on n'entendait aucun battement de cœur, un silence absolu qui rendait sa présence presque spectrale.
En queue de peloton, Oscar, le plus âgé du groupe, manipulait nerveusement une petite marionnette de bois. Ses mains calleuses tremblaient légèrement. Alors qu'il trébuchait sur un tuyau, il s'écorcha le doigt. Une goutte de sang, d'un bleu fluorescent et électrique, perla sur sa peau, illuminant brièvement l'ombre d'une carcasse de robot.
— Ne traînons pas, murmura-t-il d'un ton mystérieux. Les pactes anciens n'aiment pas attendre, et le temps nous est compté avant que le passage ne se referme pour un autre millénaire.
Soudain, un grondement sourd fit vibrer le sol. Ce n'était pas le vent. Quelque part, sous des tonnes de ferraille, un mécanisme colossal venait de s'éveiller. Zéphyr s'arrêta net, levant la main. Ses yeux, bien que voilés, semblaient fixer un point invisible entre deux montagnes de fer.
— Regardez bien, chuchota-t-elle. Ne cherchez pas avec vos muscles, mais avec votre attention. La porte ne s'ouvre que pour ceux qui savent lire entre les rouilles.
Entre deux immenses pistons rouillés, un scintillement apparut. Ce n'était pas le reflet du soleil, mais une lueur dorée, une invitation silencieuse émanant des profondeurs. Mais alors qu'ils faisaient un pas en avant, un craquement sinistre retentit au-dessus de leurs têtes. Une arche de métal, vieille de plusieurs siècles, commençait à s'effondrer juste au-dessus du passage secret.