Le secret perdu de la Vallée des Géants

Chapitre 19

Le Faucheur de Givre

3 mai 2026

La silhouette qui venait de se poser sur la paupière de l'Ancêtre n'avait rien de terrestre. Elle semblait tissée dans les lambeaux des nuages de tempête, ses vêtements flottant comme de la fumée glacée. Sous son capuchon d'ombre, deux points de lumière argentée fixaient Milo. C'était le Faucheur de Givre, l'esprit pur de la fin des temps, celui qui venait récolter les souvenirs de la vallée avant son grand sommeil de cent ans.

Le froid qu'il dégageait était si intense que même le Dormeur de Soufre commença à se fissurer, sa roche noire éclatant sous la pression du gel instantané. Xylia, sous sa forme de dragonne, recula en sifflant, ses ailes se couvrant de givre. Sa versatilité la poussait désormais vers la panique : elle qui voulait tout posséder réalisait qu'elle n'était qu'une poussière face à l'immensité de l'hiver.

— Le temps est écoulé, petit d'homme, résonna la voix du Faucheur, un son qui ressemblait au craquement d'un lac gelé. Les Géants doivent dormir. Les conteurs doivent se taire. Et les intrus doivent être effacés.

Milo regarda ses mains. La marqueterie de nacre et d'ambre progressait maintenant le long de ses bras, remontant vers ses épaules. Il ne ressentait plus la douleur, seulement une étrange résonance avec le sol vibrant sous ses pieds. Il entendait les pensées de l'Ancêtre, une rumeur lente et profonde qui parlait de racines, de rivières souterraines et de rêves de pierre.

— Milo, n'écoute pas son froid ! s'écria Silas, sa voix brisée par l'épuisement. Il ne peut récolter que ce que l'on abandonne ! Regarde la boussole ! Elle ne pointe pas le danger, elle pointe le Cœur !

L'aiguille de la boussole brisée, bien que physiquement cassée, brillait d'une lueur dorée dans la main de nacre de Milo. Elle pointait avec une insistance désespérée vers Silas lui-même. Milo comprit alors la terrible vérité : pour que la saison redémarre, pour que l'Ancêtre ne s'endorme pas dans une éternité de glace, il fallait un sacrifice de mémoire. Silas, ayant déjà vieilli prématurément, était le seul lien vivant avec le passé de la vallée.

— Non, grand-père... je ne peux pas te laisser faire ça, murmura Milo.

Soudain, le sol explosa. Lazare, dont l'esprit habitait toujours Aethel, fit jaillir du sol une forêt de piliers de cristal pour bloquer l'avance du Faucheur de Givre. Les colonnes s'élevaient avec une précision mathématique, formant une cage de lumière autour de Milo et Silas.

— Structure de défense activée, grésilla la voix de Lazare dans l'air saturé d'électricité statique. Mais l'énergie faiblit. Milo, tu dois utiliser ton lien avec l'Ancêtre. La larme... utilise la larme !

La perle de lumière liquide, la larme de l'Ancêtre, pulsait maintenant contre la poitrine de Milo. En se concentrant, il vit que la larme contenait des milliers d'images : des enfants jouant dans la vallée, des géants sculptant des montagnes, et Xylia, autrefois gardienne bienveillante avant que sa peur de vieillir ne la corrompe.

Milo leva la main. Sa peau de nacre commença à luire d'une aura dorée. Le Faucheur de Givre leva sa faux de glace, prêt à trancher le lien entre le garçon et la terre. Mais Milo ne recula pas. Il posa sa main sur le sol, fermant les yeux pour devenir, pour un instant, le pont entre le ciel et la pierre.

— Je ne suis pas ton héritier, Xylia, dit-il avec une force qui fit trembler les montagnes. Et je ne suis pas ton prisonnier, Faucheur. Je suis celui qui se souvient.

Une explosion de lumière blanche envahit le Sanctuaire, balayant les ombres et figeant le temps. Lorsque l'éclat diminua, Milo vit que le Faucheur de Givre s'était arrêté, son arme suspendue au-dessus du cou de Silas. Mais quelque chose d'autre s'était produit.

Au centre de la place, là où le sablier avait explosé, un passage vers le vide absolu venait de s'ouvrir. Et de ce vide, une voix qu'il n'avait jamais entendue — une voix qui ressemblait à celle de sa propre mère disparue — l'appelait par son nom, l'invitant à franchir le seuil avant que le dernier grain de temps ne disparaisse.