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Les murmures du pont entre deux mondes

par Clément

Pour sauver un être cher avant la fin de l'automne, tu devras prouver ton lien avec une nature sauvage et imprévisible. Pourtant, au-delà du vent et des arbres, une noirceur nouvelle semble s'étirer, menaçant bien plus que ton simple retour.

Respect de la naturePont entre les mondes13-17 ansFR

Le vent d’automne hurlait entre les dimensions, agitant les racines suspendues du Pont-Monde. Xylia, engoncé dans sa combinaison spatiale étincelante, avançait avec une prudence calculée. Chaque pas sur l’écorce stellaire était un défi à la gravité. « Nous y sommes presque... presque », murmura-t-il, sa voix résonnant dans son casque. Malgré sa politesse constante, son regard trahissait une assurance frôlant la suffisance ; il savait que seul un botaniste-astronaute de son calibre pouvait naviguer dans ce chaos végétal. Derrière lui, Nox avançait avec une lenteur exaspérante. Le petit dragon, vêtu d'un blouson jaune fluo et de lunettes de soleil rétros, faisait trembler la structure à chaque pas. Ses bottes de plomb heurtaient le bois sacré avec un fracas sourd. « Détends-toi, Xylia », lança Nox d'un ton désinvolte, tout en ajustant son col. « Le secret que je garde est bien plus lourd que mes chaussures. Le Pont sent ta peur, et il n'aime pas ça. »

Soudain, une lueur nacrée déchira la brume. Zéphyr, le géant au visage d'enfant, les attendait au centre de l'arche. Sa peau scintillait de cette sueur perlée caractéristique, et il maniait son arc avec une grâce distraite. Il semblait perdu dans ses pensées, cherchant à déclencher un bouleversement qu'il ne comprenait pas encore tout à fait. « Vous êtes venus », dit-il d'une voix douce. Mais l'accueil fut de courte durée. Sous leurs pieds, une noirceur huileuse commença à ramper. Ce n'était pas l'ombre naturelle du soir, mais une substance vivante, une encre dévorante qui étouffait les murmures du Pont. Pour sauver Zéphyr et regagner leur monde avant que l'automne ne s'éteigne, Xylia dut s'agenouiller. Il retira ses gants pressurisés et posa ses mains nues sur l'écorce vibrante. Il ne chercha pas à commander la nature, mais à s'y fondre, offrant ses connaissances de cueilleur de remèdes pour panser la blessure que l'ombre infligeait à l'arbre-monde.

La nature sauvage réagit. Les racines se resserrèrent, créant un rempart de lumière contre la progression du vide. Zéphyr, touché par ce geste, décocha une flèche de pur éclat qui fendit les ténèbres, ouvrant un passage vers leur foyer. Tandis qu'ils franchissaient le seuil, Xylia jeta un dernier regard en arrière. Il vit l'ombre se retirer, mais elle ne disparaissait pas ; elle prenait la forme d'une silhouette immense et familière, tapie dans les racines profondes. Ils avaient regagné leur monde, sains et saufs, mais Xylia savait désormais que sa vengeance contre ceux qui l'avaient trahi attendrait. Une menace bien plus vaste venait de s'éveiller, et le silence qui suivit leur retour était celui d'une forêt qui retient son souffle avant la tempête.

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