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Sortilèges, Vapeur et Crises de Nerfs

par Clément

Traverser les quartiers mouvants de la métropole avec une équipe à cran devient suicidaire lorsqu'un artefact magique transforme chaque accès de colère en catastrophe locale. Pour éviter que la cité ne s'effondre sous leurs pieds, ces aventuriers devront apprendre la patience ou finir en pièces détachées.

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La cité d'Aetheria ne dormait jamais, mais ce jour-là, elle semblait souffrir d'une indigestion carabinée. Les quartiers, montés sur d'immenses pistons hydrauliques et des rails de cuivre, grinçaient dans un vacarme de métal torturé. Au milieu de ce chaos mouvant, Echo, Kael et Atlas tentaient de garder l'équilibre sur une passerelle qui, trois minutes plus tôt, menait encore vers le quartier des Alchimistes.

— Si ce pont bouge encore une fois, je jure sur mes ancêtres que je démonte cette ville pièce par pièce avec ma clé à molette ! éructa Atlas.

À ses côtés, l'artefact qu'ils transportaient — une sphère de bronze gravée de runes azurées — se mit à vrombir. Une lueur rougeoyante s'en échappa. Instantanément, la pression de vapeur dans les tuyaux environnants grimpa en flèche. Un jet de gaz brûlant siffla à quelques centimètres du nez d'Atlas, dont les bijoux mécaniques, d'ordinaire si élégants, se mirent à ramper frénétiquement sur son armure de gladiateur, comme des insectes affolés.

— Calme-toi, Atlas ! s'écria Echo en effectuant une pirouette aérienne digne de ses entraînements de gymnastique pour éviter une décharge de foudre statique. L'artefact réagit à ton humeur. Si tu t'énerves, ce quartier va nous transformer en purée de ferraille !

Echo, couverte de taches de peinture fraîche, essuya une traînée de bleu sur son front, frôlant sa cicatrice en forme de croissant. En tant que diplomate, elle savait que la cohésion du groupe était leur seule chance. Pourtant, une lueur de malice dans ses yeux trahissait ses propres pensées : elle avait besoin de cet artefact pour identifier l'origine du poison qui rongeait la ville basse, même si elle n'avait pas tout dit à ses compagnons sur ses véritables intentions.

— Facile à dire pour toi, grommela Kael. Moi, j'ai faim. Et quand j'ai faim, je suis d'une humilité très limitée.

Le pirate gringalet à la peau grise et poudreuse comme de la cendre fouilla dans sa besace. Il en sortit un vieux morceau de bois qu'il commença à sculpter nerveusement avec un canif. C’était son tic : la menuiserie le calmait, mais son ventre criait famine. Sa gourmandise était légendaire, et l'absence de taverne dans ce secteur instable le rendait particulièrement instable lui aussi.

Soudain, le sol se déroba. Le quartier des Horlogers venait de s'emboîter dans celui des Fonderies. La passerelle pivota à quatre-vingt-dix degrés.

— C'est une plaisanterie ? hurla Atlas, sa compassion habituelle balayée par une envie furieuse de frapper quelque chose.

L'artefact devint d'un rouge écarlate. Un grondement sourd monta des entrailles de la cité. Les engrenages géants sous leurs pieds commencèrent à tourner à l'envers, crachant des étincelles violettes. La réalité même semblait se tordre : les bâtiments se courbaient comme du caoutchouc, et la gravité devint capricieuse.

— Atlas, écoute-moi ! intervint Echo, utilisant sa voix la plus diplomatique tout en s'agrippant à une corniche. Tu veux libérer ton peuple, non ? Tu ne le feras pas si on finit broyés par un piston de dix tonnes !

Kael, voyant la panique monter, s'assit brusquement en tailleur au milieu de la passerelle oscillante.

— On arrête tout, dit-il avec une humilité soudaine qui surprit ses alliées. Atlas, je te donne ma dernière ration de biscuits à la cannelle si tu arrêtes de hurler. Echo, arrête de nous cacher des choses, on sait que tu as un plan B derrière la tête. On respire. Maintenant.

Il sortit les biscuits, son trésor le plus précieux. Le geste toucha Atlas. Ses bijoux rampants se calmèrent, redevenant de simples ornements immobiles. Elle prit une grande inspiration, fermant les yeux sur le paysage urbain qui menaçait de s'effondrer.

L'artefact passa du rouge au bleu pâle, puis au doré. Le vacarme des machines s'apaisa. Les quartiers cessèrent de se heurter et reprirent leur dérive lente et harmonieuse.

Profitant de cette accalmie, Echo utilisa ses talents de bricoleuse pour coupler l'artefact à un panneau de contrôle proche. En quelques secondes, grâce à une analyse spectrale de la lumière dorée, elle obtint ce qu'elle cherchait : la signature chimique du poison. Ce n'était pas un accident industriel, mais un sabotage magique provenant des hauts quartiers.

— On a ce qu'il nous faut, annonça-t-elle avec un sourire sincère, sa traîtrise habituelle momentanément étouffée par le soulagement.

Ils traversèrent les derniers mètres les séparant de la terre ferme du quartier central. Ils étaient épuisés, couverts de suie et affamés, mais ils étaient entiers. Atlas, désormais calme, posa une main protectrice sur l'épaule de Kael, qui dévorait son dernier biscuit avec une joie enfantine. Echo, quant à elle, rangea précieusement les données récoltées.

Ils avaient survécu à la ville mouvante et à leurs propres démons. En regardant le soleil se coucher sur les dômes de cuivre d'Aetheria, ils comprirent que leur plus grande force n'était pas la magie ou la vapeur, mais cette fragile capacité à ne pas se laisser consumer par leurs propres tempêtes intérieures. Pour cette fois, la cité était sauvée, et leur amitié, bien que cabossée, tenait toujours debout par un miracle d'équilibre.

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