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Mission gaffes et frissons au parc abandonné

par Clément

Entre deux auto-tamponneuses grinçantes, tu dois garder ton sang-froid pour sauver ton cousin avant la fin de la nuit. Ouvre bien l'œil car seul un observateur attentif trouvera le passage secret caché dans ce parc d'attractions complètement loufoque.

Maîtrise des émotionsParc d’attractions abandonné8-12 ansFR

Saphir ajusta nerveusement son corset victorien. Pour un guide des montagnes doublé d'un astronaute, il aimait que les choses soient impeccables, mais la situation était tout sauf ordonnée. Une fine fumée grise s'échappait de ses narines, signe qu'il commençait à perdre son sang-froid.

— Calme-toi, Saphir, murmura-t-il en consultant sa montre à gousset. Si tu ne retrouves pas Anatole avant le lever du jour, le parc de « Luna-Folie » fermera ses grilles pour dix ans. Et l'héritage de notre famille restera coincé dans le Palais des Glaces !

À ses côtés, Kaelen, le géant jardinier aux vêtements d'un noir absolu, soupira. Son ombre, qui semblait avoir une volonté propre, essayait de s'enfuir en grimpant sur un vieux stand de barbes à papa.

— Un astronaute qui a peur des manèges ? C’est un peu comme un boulanger qui déteste la farine, non ? provoqua Kaelen avec un sourire malicieux.

Saphir se redressa, piqué au vif. Sa vanité reprenait le dessus.

— Je n'ai pas peur ! Je m'organise ! Pour trouver Anatole, nous devons être méthodiques.

Soudain, un bruit métallique résonna près des auto-tamponneuses. C'était Anatole. Bien qu'elle ne soit qu'un bébé, Anatole n'était pas un nourrisson ordinaire. Vêtue de sa tenue de marchande ambulante, elle portait un masque de fer soudé sur le visage et agitait une cuillère en bois comme s'il s'agissait d'une épée de chevalier.

— En garde, vils fantômes de ferraille ! cria le bébé d'une voix étouffée par son masque, tout en essayant de grimper sur une voiturette rouillée.

— Anatole ! Arrête de vouloir devenir le meilleur bretteur du pays deux minutes et viens ici ! s'écria Saphir.

Mais alors qu'il s'élançait, les auto-tamponneuses se mirent à grincer et à bouger toutes seules, formant un rempart infranchissable autour de la petite. Saphir sentit la panique monter. La fumée qui sortait de son nez devint noire et épaisse.

— Respire, petit panache, conseilla Kaelen d'un ton bienveillant malgré ses piques. Observe bien. Ce parc est loufoque, mais il a un rythme.

Saphir ferma les yeux, chassant sa colère et sa peur. Il se rappela sa passion pour la danse. Il commença à compter les battements des voitures qui s'entrechoquaient. *Boum-clac-boum*. Ce n'était pas un chaos, c'était une valse ! En observant attentivement les reflets de la lune sur les carrosseries, il remarqua que certaines voitures ne bougeaient jamais vers la gauche. En reliant ces points immobiles du regard, un symbole apparut au sol : une étoile de mer.

— Là ! C'est le passage ! s'exclama-t-il.

En effectuant une série de pas de danse élégants entre les véhicules en mouvement, Saphir parvint jusqu'au centre du manège. Il attrapa Anatole par son petit sac de marchandise juste au moment où une voiture allait les bousculer. Sous le siège de la voiture principale, il découvrit une trappe secrète ornée d'un blason familial. C'était là ! L'héritage volé — une boîte à musique en or — s'y trouvait.

— On l'a ! Et j'ai mon épée ! triompha Anatole en brandissant sa cuillère.

Kaelen les rejoignit d'un pas de géant, son ombre s'étant enfin calmée.

— Pas mal pour un garçon corseté, admit-il.

Alors que les premiers rayons du soleil touchaient les sommets des montagnes russes, le trio franchit la porte principale. Saphir, fier d'avoir maîtrisé ses émotions et sa fumée, rangea soigneusement l'héritage dans sa poche. Anatole s'était endormie, rêvant sans doute de duels épiques, et Luna-Folie retomba dans son silence mystérieux, vaincue par l'observation et un soupçon de danse.

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