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Le secret de la cité des rêves perdus

par Clément

Au cœur de la grande usine à rêves, un jeune héros doit apprendre à apaiser son cœur pour découvrir une cité légendaire avant que son passage ne s'écroule. Seul un regard attentif et rempli de tendresse pourra révéler ce lieu secret et sauver la magie des songes.

Maîtrise des émotionsUsine à rêves8-12 ansFR

Les rouages de la Grande Usine à Rêves vrombissaient d’un bourdonnement sourd, comme le ronronnement d’un chat colossal caché dans les nuages. Partout, des tuyaux de cuivre transportaient de la poussière d’étoiles, et des bulles de savon irisées, contenant des songes d’enfants, flottaient doucement vers le plafond de verre. Pourtant, le cœur de l’usine vacillait. Le Grand Passage, un pont de cristal de lune qui reliait la réalité à la Cité des Rêves Perdus, commençait à se fissurer avec un bruit de glace brisée.

Amaril marchait en tête. Son visage était marqué par la fatigue des siècles passés à voyager à travers le temps. Elle restait droite, bravant le vent froid des songes inachevés, mais là où elle s’arrêtait, le sol se couvrait d’une fine pellicule de givre. Son stoïcisme était son armure, une protection contre le chaos des émotions, mais aujourd'hui, cette glace semblait l’isoler de la solution.

— Amaril, regarde ! cria Echo en sautillant derrière elle. Ses cheveux ébouriffés ressemblaient à un nid d'oiseau après une tempête.

Echo, la bibliothécaire, portait une vieille sacoche de cuir remplie d'outils de forge. Malgré les fils de fer qui marquaient ses lèvres — souvenir de secrets trop lourds à porter — elle ne cessait de s'émerveiller des reflets sur les parois. Sa créativité bouillonnait, mais elle restait parfois trop à la surface des choses, cherchant la cité de glace avec ses mains plutôt qu'avec son esprit.

— Le pont s’écroule, Echo, répondit Amaril d’une voix monocorde, bien que ses yeux trahissent une vive inquiétude. Si nous ne trouvons pas la cité avant que le dernier fragment ne tombe, la magie des rêves s’éteindra pour toujours. Les enfants ne sauront plus imaginer l’impossible.

Elles arrivèrent à l’extrémité du passage. Devant elles, le vide. Un abîme de brouillard gris où flottaient des fragments de pensées oubliées. Echo sortit un marteau de forge miniature et frappa l’air, espérant créer un chemin, mais rien ne se produisit. Le passage trembla violemment sous leurs pieds. Une nouvelle plaque de givre s'étendit sous Amaril, menaçant de les faire glisser.

— Ta froideur nous empêche de voir, Amaril ! lança Echo en secouant ses boucles folles. Tu cherches avec ta logique de chimiste, mais la cité n'est pas faite de molécules. Elle est faite de tendresse !

Amaril se figea. Elle ferma les yeux et prit une profonde inspiration. Elle sentit la peur monter, la peur de l’échec, la peur du vide. Mais au lieu de la geler pour la faire taire, elle l’accueillit. Elle pensa aux millions de sourires qui naissaient chaque nuit grâce aux rêves. Elle laissa son cœur s'adoucir, abandonnant sa posture rigide. La glace sous ses pieds commença à fondre, se transformant en une flaque d'eau chaude et lumineuse.

— Regarde là-bas, murmura Amaril d'une voix soudainement douce.

En ouvrant les yeux, son regard n’était plus celui d’une exploratrice traquant une cible, mais celui d’une grand-mère veillant sur un enfant endormi. Alors, l’invisible devint visible. Là où le brouillard était gris, des milliers de petites étincelles apparurent, formant des ponts de lumière. La Cité des Rêves Perdus se révéla enfin : des tours de nacre, des jardins suspendus faits de souvenirs heureux et des rivières de rires argentés.

Le passage se stabilisa. La cité n'était pas perdue, elle attendait simplement qu'on la regarde avec bienveillance. Echo, émerveillée, saisit la main d'Amaril. Ensemble, elles franchirent le dernier fragment de cristal. Alors qu’elles pénétraient dans la cité, la magie de l’usine retrouva son éclat, plus vibrante que jamais. La cité n’avait pas besoin de murs pour être protégée, seulement d’un cœur assez calme pour l’apercevoir.

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